La guerre

Jean Marie Guillerm est affecté 441ième RP dans l’infanterie. Mobilisé à Brest le 8 septembre 1939, sous le numéro 1240, il rejoint son Régiment d’affectation à Guingamp.

 

[Pour en savoir plus sur cette période, je me suis rendue au Service Historique de la Défense (SHD) de Vincennes pour consulter des documents sur les Unités combattantes de 1939-1940. J’ai notamment eu accès au « Journal de marche et d’opérations du 441RP » (côte 34N336) et découvert tout un pan inconnu de la vie de mon père, depuis son recrutement à Brest le  8 septembre 1939  jusqu’au moment de sa capture par l’armée allemande le 16 juin 1940. Les photos des documents ci-dessous viennent  du Centre historique des Archives à Vincennes, dans le dossier "Journal de marche du 441ièmeRP"]

Commandement des 3 bataillons et des compagnies du 3è bataillon
Commandement des 3 bataillons et des compagnies du 3è bataillon

[La fiche de renseignements généraux établie par le chef du 1er Bataillon (référence 300.0/1 datée du 06/01/1941) nous en dit plus sur ce régiment.]

 

Le 441ième Régiment Pionnier Métropolitain est formé à Guingamp (Département des Côtes du Nord), et rattaché au Dépôt d’Infanterie (CM 114) de la 4ième Région”. 

"Mis sur pied le 5 septembre 1939, il est composé de 3 Bataillons et 12 Compagnies. Ses effectifs comptent  2500 hommes et constituent une unité  de réserve” (cette unité de réserve est successivement affectée en fonction des besoins).

Au départ de Guingamp, le Commandement  du  441ième RP est assuré par le Colonel VALLOT jusqu’en décembre, puis par le Commandant CARDOT promu Colonel.


La drôle de guerre

« C’est le nom donné à la période allant du début de la Seconde guerre mondiale en septembre 1939 à l’offensive allemande du 10 mai 1940 » (Wikipedia) 

 

L’état d’esprit du commandement militaire français durant cette période est décrit dans l’ouvrage édité par le Ministère de La Défense en 2001 : Les combats de l’armée française (septembre 1939 -juin 1940).

 

« La France n’a pas d’intentions agressives vis-à-vis de ses voisins.

Le plan français n’a donc pas de caractère dynamique : il se présente comme la meilleure riposte à l’offensive supposée des forces allemandes. L’hypothèse admise par le haut commandement français est celle du débordement de nos armées par la Belgique…

 

L’idée d’une possible rupture centrale à travers les Ardennes, jugées impénétrables, et la Meuse considérée comme infranchissable n’est pas formulée…» (p.14)


Où se trouve le 441RP à cette période ?

Le 17 septembre 1939, le «3ième bataillon embarque à Guingamp à 7h22 en chemin de fer." Ce bataillon est composé de 37 sous-officiers, 791 Caporaux, et d'hommes de troupe.

18 Septembre 1939 : La journée est passée en chemin de fer. Un homme malade est laissé à l’ambulance de la gare d’Amiens.

19 Septembre 1939 : Le bataillon débarque à 11h45 à Saint Mihiel et va occuper ses cantonnements aux Paroches, côté N.O. du village
20 Septembre 1939 : Nettoyage et aménagement du cantonnement.

 

Extrait du journal de marche de la 441è
Extrait du journal de marche de la 441è

 

Saint-Mihiel est une ville du nord-est de la France, située sur la Meuse en Lorraine.

 

"Le 441RP effectue des travaux pour la région de Metz, également sur la ligne Maginot (région SE de Thionville) »

L'église Saint-Michel
L'église Saint-Michel

« Le 27 septembre, un ordre part de l’EM (Etat-Major) du 4ième Bureau signé du Commandant de la 3ième Armée le Général  CONDE :  le 441RP fera mouvement au cours des nuits du 28-29 et 29-30 dans les conditions suivantes :     

  • Nuit du 28 au 29 : embarquement en camion de l’EM du RP et des 1er et 2è bataillons dans la région de  Chauvoncourt (55) à 18h30 . Destination : Onville (54), Villecey/mad (54)
  • Nuit du 29 au 30 : le 3ième bataillon embarquera dans les mêmes conditions. Destination : Saint Julien Les Gorze (camp militaire) (54). Les véhicules hippomobiles et les chevaux feront mouvement par voie de terre dans les 2 nuits ».

« De décembre 39 à début juin 40, le 1er bataillon est employé par l’EM de la 3ième Armée à la construction et à l’aménagement des camps de Gorze et  de Villecey (57) et  à la gare des dépôts et munitions de la région de Etain (55) et Conflans-Jarny (54)»

 

« Durant cette période, aucune instruction militaire ne fut donnée, aucune marche effectuée.»

La Bataille de France

« La Bataille de France désigne l’invasion allemande des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France pendant la seconde guerre mondiale. L’offensive débute le 10 mai 1940, mettant fin à la drôle de guerre. Après la percée allemande de Sedan (Les Ardennes) et une succession de replis des armées britannique, belge et française et se termine le 22 juin par la défaite des forces armées françaises et la signature de l’Armistice par le gouvernement Pétain. » (Wikipédia, La bataille de France)

« Le 10 mai 40, à l’aube, l’offensive allemande se déclenche (…). A l’appel du roi Léopold III, le 1er groupe d’armées du général BILLOTTE entre en Belgique (…) puis les 7ème, 1ière , 9ème armées françaises et le corps expéditionnaire anglais (…). Le Général  GAMELIN est  contraint d’y envoyer ses meilleures troupes. C’est « La Manœuvre Dyle », une des preuves d’une stratégie française ambiguë, en tout cas mal adaptée à la situation militaire (…). Le piège allemand se met en place. L’attention des français est attirée au Nord pendant que le principal effort allemand à travers Les Ardennes est constitué par la brutale poussée de 7 divisions blindées, plus de 2200 chars. » Les combats de l’armée française (septembre 1939 -juin 1940) (p. 18 )

 

 

« Selon la manoeuvre “Dyle”, les français doivent se porter jusqu’à la rivière Dyle et s’y installer défensivement pour s’opposer à ce qui doit être, dans l’esprit du haut commandement français, l’effort principal de l’offensive allemande.

 

Le Plan jaune (c’est à dire le plan des Allemands, représenté par les flèches jaunes) prévoit qu’après avoir rompu les défenses de la Meuse entre Dinant et Sedan, le Groupe d’armées A poussera vers Abbeville et la Baie de la Somme afin d’isoler les forces que le commandement français aura fait pénétrer en Belgique à la rencontre du Groupe d’armées B

Les combats de l’armée française (septembre 1939 -juin 1940)

(p. 15 )


Jean-Marie était à ce moment là avec la 3ème armée, dans le Groupe d’armées N°2, au sud du Luxembourg. Le plan jaune fait passer les allemands plus au nord, par les Ardennes. L’Armée française est défaite, ses bataillons de pointe sont pris au piège et repoussés vers Dunkerque. Le repli des réservistes et des défenseurs de la ligne Maginot commence. Poussée par l'Armée allemande, la 3ième armée se dirige vers le sud.

Reprenons le “journal de marche et d’opérations” du 441è RP

Le 19 mai 1940, renvoi sur Guingamp des militaires classe 1916 à 1918, c’est à dire les plus âgés. Jean-Marie, classe 1922, reste avec le 441è.                                            

Le 26 mai 1940, la 9ième compagnie a été chargée par des camions de la 3ième Armée pour se rendre au sud ouest de Liancourt (Oise, 60) pour une corvée importante de munitions.

Le 3 juin 1940, le 3ième Bataillon est appelé à faire mouvement. Le mouvement des compagnies s’est effectué de la façon suivante :

  • 9ème et 10ème : transport  par 5 camions pour Onville (54)
  • 11ème et 12ème : regroupées pour Onville.

Le 5 juin 1940, le 441°s’embarque à Conflans-Jarny pour Liancourt (Oise) où il est incorporé à la 241° Division légère. Avec le 264ième R.I., il organise et occupe défensivement les lisières nord et sud est du massif boisé de Liancourt. PC du 3è Bataillon à Béthencourt.

Le 6 juin 1940, débarquement en gare de Liancourt-Routigny (Oise) à 7h30. Le 3ième Bataillon se met  en état d’alerte, les travaux sont  tout de suite commencés : défense active et passive en collaboration avec le 264ième RI. Le 1er Bataillon débarque à 19h. Il est incorporé à la 241ème Division légère. Le PC du 3ième Bataillon se trouve à Béthencourt.  

Le 7 juin 1940, ordre d’ occuper les lisières nord et sud du massif boisé de Liancourt. Les 7 et 8 juin, la 8ième compagnie est absente (problème d’organisation, désertion ?).

Le 10 juin 1940 à 0h30, il reçoit l’ordre de repli avec regroupement dans la forêt du Lys, S.O. de Chantilly. Le mouvement s’opère sans difficulté et sans être pris à partie par l’aviation allemande. 

Le 11 juin 1940, le 1er Bataillon se porte en réserve à Carnelle (Sud de Beaumont-sur-Oise) puis occupe l’Isle Adam avec le 264ième R.I.

Historique sommaire de décembre 1939 à juin 1940 du 441è
Historique sommaire de décembre 1939 à juin 1940 du 441è
Courrier du Lieutenant-Colonel Cardot, Commandant le 441°RP au sujet du matériel (12 juin 1940)
Courrier du Lieutenant-Colonel Cardot, Commandant le 441°RP au sujet du matériel (12 juin 1940)

Le 12 juin,  le 441RP subit un bombardement intensif de L’Isle Adam et des bois au sud-est. Grosses pertes ;  ordre de se porter à Chauvry (Forêt de Montmorency) au Nord de Paris , de traverser la Seine la nuit et de se regrouper à la Garenne-Colombes. Le même jour le Colonel CARDOT fait une commande de munitions et de matériel de transport. 

Marche forcée vers Arpagon  avec perte d’effectifs. Puis ordre de bifurquer à La Ville du Bois.  

Le 13 juin, arrivée à la Ville du Bois avec mise en état de défense de la ville et barrages anti-chars.


Le 15 juin à 4h30 attaque par les allemands de la Ville Du Bois par des engins blindés.

 

Dans la nuit, les 264RI et 241iè  DL (Division Légère) se replient  à l’insu du 441RP, ce qui laisse ce régiment démuni.

 

Ordre de se porter à Mes Puits (91).

 

Le 16 juin, les 1er et 3iè Bataillons arrivent à Laas (45). 

 

A 14h : quelques  escarmouches lors de rencontres avec des motos allemandes se dirigeant de Pithiviers à Orléans.


Le Colonel CARDOT donne l’ordre de franchir la Loire à Saint Denis De L’Hôtel Jargeau entre 18 et 22h.

Cela se fait sous un bombardement sévère de l’armée ennemie.


La capture

Le 16 juin, Jean Marie Guillerm est capturé par l’Armée allemande à Orléans.

 

[J'ai découvert récemment le récit de la bataille dans un roman de Régine Deforges.]

Régine Deforges présente d’Orléans dans La Bicyclette bleue comme une ville dévastée par la guerre.

 

« Des soldats français entraient à Orléans par le faubourg Bannier… Après une courte fusillade, les soldats durent se rendre. Les Allemands parquèrent leurs prisonniers à la Motte Seguin dans un camp provisoire entouré de mitraillettes. (…)

 

De partout montaient les cris des blessés et les appels de sauveteurs. Le canon tonnait, l’incendie faisait rage, le crépitement des dernières mitrailleuses s’éteignaient. Il n’y avait plus d’eau, plus d’électricité, plus de pain

Fin des combats. Début de  la vie en captivité. Elle durera 5 ans.

L'Armistice

Les combats ont continué jusqu’à la date de l’Armistice signée le 22 juin 1940 à Rethondes entre les Français et les Allemands.


Le 24 juin 1940, le général Frère adresse ces mots à ses troupes : « Soldats de la 7è Armée, conservez le cœur fière et la tête haute : vous n’avez pas connu la défaite ». J'aime à penser que cette phrase s'adressait aussi à mon père, de la 3ème Armée.

Au 27 juin 1940, les effectifs ne comptent plus que 8 officiers, 9 sous-officiers et 88 hommes de troupe :

  • Etat-Major : 1 officier, 2 sous-officiers, 15 hommes de troupe
  • 1er Bataillon : 3 officiers, 4 sous-officiers, 50 hommes de troupe
  • 2ème Bataillon , 1 officier, 0 sous-officiers, 3 hommes de troupe
  • 3ème Bataillon : 3 officiers, 3 sous-officiers, 20 hommes de troupe